Telle est notre réflexion du moment, à l’heure où l’on voit apparaître de plus en plus d’épreuves longues et difficiles, symbole des légendes du cyclisme d’antan.
À l’origine, le cyclisme de compétition sur route était une affaire d’endurance et de mythes, victoire de l’homme sur la montagne, les défaillances et les victoires d’anthologie, l’image du cyclisme « sport de légendes » a ainsi traversé les décennies et les exploits actuels des champions du Tour de France attirent toujours un public frénétique au bord des routes.
Cependant depuis l’invention du dérailleur, les raids interminables, les parcours dantesques et le mythe de la distance étaient devenus l’apanage du milieu cyclotouriste, paradoxalement devrions-nous dire car les "cyclos" sont tout sauf des "bêtes de performance"...
L’important en effet, était la distance parcourue, chacun son rythme, chacun sa cadence, les groupes de jeunes avaient leurs propres critères de durée, les plus anciens géraient "l’exploit" différemment. On peut bien parler d’exploit, car ces journées entières passées sur une bicyclette, voyaient (et voient toujours) les pratiquants couvrir parfois plusieurs centaines de kilomètres, par tous les temps, dans toutes les régions, plusieurs fois par saison et pour les plus assidus plusieurs fois par mois.
Certains rassemblements comptent souvent plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de participants, les exemples les plus célèbres sont les Brevets Audax, La Flèche Véloccio, bien entendu Paris-Brest-Paris, Bordeaux-Paris, mais aussi tant d’autres épreuves ou rallyes anonymes et discrets.
Le phénomène est mondial, aux USA, dans toute l’Europe, en Australie et dans les pays nordiaues, des évènements annuels de plusieurs milliers d’adeptes sont de véritables grands messes de la randonnée au long cours.
Voici un hommage qu’il fallait rendre sur cet amour si particulier du vélo.
Puis le Cyclosport est apparu à la fin des années 80, avec sa cohorte de compétiteurs à la retraite ou en activité, les paramètres ont évolué et un nouveau genre de sport cycliste est apparu, les Cyclosportives.
Parallèlement, une nouvelle pratique sportive se développe, le Cyclisme Ultra Distance (Ultra Cycling), chasse gardée de "super athlètes" extrêmement motivés, « professionnels » d’un nouveau genre. Cette pratique jusqu’au-boutiste a trouvé son essor dans les pays anglo-saxons et notamment aux USA avec l’avènement si médiatique du triathlon.
Le sport cycliste s’est mis dans la mouvance, ainsi sont nées des épreuves hors normes, la Race Across America (RAAM) 4900 km, en est probablement l’exemple le plus concret, Jonathan Boyer qui fut professionnel en Europe dans les années 80 l’a d’ailleurs remportée en 1985 et il m’a confié un jour que c’était, ce qu’il avait trouvé de plus dur, "terrifiant" pour utiliser ses propres termes, mais que c’était là aussi où il avait le plus appris sur les ressources du corps humain.
Et pour son 25ème anniversaire en juin 2006, la RAAM en plein développement médiatique, nous annonce la participation de Boyer, de retour à l’âge de 51 ans sur les traces d’un exploit qui l’avait si profondément marqué !
En Europe, sont apparues l’effarante XXALPS et Le Tour Ultime, épreuves si difficiles que moins de 10 participants s’y retrouvent, prêts à tout, jusqu’au dernier souffle.
La discipline voit également son essor se confirmer par des organisations plus « humaines » d’une durée moyenne de 24 heures, sur des distances variant entre 500 et 750 kms (le RPE en France, WBB en Suisse, la RATA en Autriche) mais aussi d’autres concepts mixtes comme la récente 1001 Miglia en Italie ou Round the Czech Republic.
Les données sont donc très claires, nous disposons de parcours d’anthologie, rodés par des décennies de pratique, certains organisateurs convaincus cherchent de nouvelles voies à explorer, le concept est à la mode et la motivation des pratiquants n’est pas à démontrer.
Nous voici donc à l’avènement d’un nouveau millénaire en phase de considérer que le cyclisme Ultra Distance n’en est qu’à ses premiers balbutiements.
L’Ultra est donc plus qu’une question, il est d’actualité.
Patrick François.